dimanche 1 juillet 2012

Découvrez la Dark Ambient avec Lustmord

Obscur dans tous les sens du terme, la Dark Ambient est un style musical auquel je suis resté assez longtemps insensible. Trop caricatural, gothique cartoon, ou alors long et soporifique : peu d'oeuvres se revendiquant dark ambient ont jusque là réussi à me faire vraiment frémir Mais c'était avant de faire l'effort de découvrir la discographie de Lustmord. Cet artiste est un des pionniers qui ont défini ce qu'était ce genre musical, et il faut reconnaître qu'il sait y faire dans le sombre et l'effrayant.

Lustmord est maître dans l'art de détourner des samples en des tonalités ultra graves ou en tant que support de drones absolument effrayants. Il a fait ses armes en enregistrant des sons dans des endroits particulièrement glauques (souterrains, cryptes, abattoirs...), et en utilisant des enregistrement de rituels tribaux, des voix passées au ralenti et des effets stéréo assez impressionnants. Son album Heresy est souvent considéré comme la source du genre Dark Ambient.

Celui-ci donne une impression de solitude dans un monde particulièrement oppressant, peuplé de créatures et de démons plus ou moins hostiles. Des sons de cors tibétains ont été ainsi transformés en cris, plaintes et appels lointains qui vous prennent aux tripes, en particulier dans le morceau d'introduction où ces cris du coeur se mêlent à une lente musique aux tonalités gaves qui vous glace littéralement. Les autres morceaux sont un voyage dans des ambiances caverneuses aux sons impressionnants, peuplés de voix lointaines et étranges. Ambiances tantôt claires et vides, tantôt lourdes et oppressantes, mais toujours savamment dosées et subtiles.

Les albums suivants montreront un côté souvent hypnotique, basé sur des répétitions de voix étranges qui construisent une ambiance un peu psyché (Primordial Atom de l'album The Monstruous Soul), ou des voyages dans une sorte de machinerie infernale sur des planètes inconnues (The Daathian Doorway, de The Monstruous Soul). Certains morceaux peuvent durer 25 minutes sur la même ambiance qui se construit petit à petit, drone après drone, avec tantôt des bruits étranges qui viennent du fin fond des ténèbres, des appels plus marqués avec des sons évoquant des cornes de bateaux qui résonnent au loin (Aldebaran Of The Hyades). Avec une telle longueur et des morceaux tournant souvent autour du même drone (Metastatic Resonance), on pourrait trouver cela ennuyeux à la longue, mais en fait il s'avère que les ambiances sont tellement prenantes que ça passe bien la plupart du temps.

Lustmord a également conduit des expérimentations sonores plus poussées à partir de The Place Where The Black Stars Hangs. Les samples d'origine y sont ralentis numériquement à l'extrème, ce qui donne un son aux tonalités électriques qui est physiquement déstabilisant, singlant, voire littéralement assourdissant, à vous en faire tinter les oreilles, voire vous faire perdre l'équilibre [1] (Dog Star Descends et Aldebaran of The Hyades). Cela serait dû à la combinaison d'infragraves et de tonalités subtiles dans les aigus, ainsi que différents traitements de studio assez sophistiqués. Cela rend l'écoute au casque presque douloureuse, attention à ne pas en abuser ! L'autre album à m'avoir fait cet effet, mais dans une moindre mesure, est le plus récent The Dark Places Of The Earth.

Bien que la musique de Lustmord soit très sombre, elle n'en reste pas moins construite. Beaucoup de ses albums sont arrangés comme une histoire racontée. Les thèmes se constuisent souvent comme des séquences de film avec des montées en tension progressives, suivis de délivrances auxquelles succèdent des de moments de calme et d'apaisement, soudain interrompus violemment par des percussions organiques venues d'on ne sait où (The Ambient Abyss, de Metavoid). Il a d'ailleurs composé la musique d'un film d'horreur (Zoetrope), je n'ai pas vu le film mais la bande son est plutôt réussie. Les séquences ambiantes alternent parfois avec des séquences épiques, aux vocaux et thèmes mélodiques plus gothiques. Certains morceaux peuvent même être particulièrement émouvants (Insignifiance).

On retiendra également quelques collaborations intéressantes, notamment Stalker, composé avec Robert Rich. Peu habitué à la scène, il a toutefois accepté avec amusement de faire un live en 2006 pour le 40ème anniversaire de l'Eglise Satanique. L'enregistrement live a donné lieu à son album Rising, une reprise réarrangée d'un certain nombre de ses thèmes ainsi que quelques inédits. Depuis, il a sorti quelques albums pas forcément des plus intéressants mais qui méritent quand même d'être découverts (Juggernaut, Other, Beyond et The Dark Places of The Earth).

Assurément, la musique de Lustmord est difficile d'accès. Mais pour qui prend le temps de l'apprécier, elle révèle une saveur très particulière. Je l'ai particulièrement appréciée en jouant à Minecraft, où cette musique sombre et prenante sublime la hantise de croiser un creeper dans des grottes sombres infestées de squelettes et de zombies. A chacun sa manière de l'apprécier, alors pourquoi ne pas essayer ?

[1] Pour la petite anecdote, j'ai trouvé l'écoute de Dog Star Descends très difficile au casque au bout de 2/3 minutes et suis repassé sur mes monitoring, ce qui a atténué cet effet. Le soir et les jours suivants, un bourdonnement que j'ai de temps en temps est réapparu dans l'oreille, puis 3 jours après j'ai fait des vertiges associés à des vomissements. Il est difficile d'attribuer ce problème à cette expérience musicale, mais au vu de ce que j'ai pu lire sur les infra-graves, il faut avouer que la coïncidence est assez troublante.

mardi 20 mars 2012

Scan X - Chroma

Scan X - Chroma
Voici probablement l'un des meilleurs albums jamais produits par un français. Sorti en 1996, en pleine époque des Raves, il est produit sans concessions. Stéphane Dri aka Scan X nous fait une démonstration multi-style des plus alléchante, sur le label du maître Laurent Garnier.

On décolle doucement sur le trancy Dust aux courbes phasées bien planantes. On poursuit sur les notes et nappes froides teintées d'électro de Grey Lights, avant de planer sur les boucles tournantes et sombres de Secrets. Voodoo forme une parenthèse Drum&Bass / Jungle assez minimaliste et syncopée avant l'explosion Earthquake. Brutal, dur, froid, ce morceau full hard techno tabasse dans un registre très rave party. On souffle un peu sur un ton plus Tech House avec Wood et le superbe morceau downtempo Blackmoon. On reconnait dans celui-ci les samples de la scène du test de Void Kampf du film Blade Runner. Turnoil forme un petit intermède intéressant, basé sur un drone synthétique au ton très industriel. Blue 072C forme une espèce de fusion entre des rythmes Jungle / Hip Hop et une ligne de synthé saturée. Requiem est un nouvel intermède tendance dark avec un rythme sourd et lent, sur lequel se constuit une espèce d'ambiance tendue et malsaine, qui semble annoncer la prochaine vague hard techno qui vient avec Red Dogs. Encore un excellent morceau bien tranché, au son très rave party et aux boucles acides, dont l'album suivant de Scan X, How to make the unpredictable Necessary, se veut une pâle séquelle. Et enfin on finit par Wasteland, un morceau Drum & Bass saturé aux tonalités industrielles presque déprimantes.

C'est donc un excellent album, dont le son traverse les ages électroniques sans vieillir et taillé pour le live dont Dri aura été l'un des pionniers en France. C'est aussi le premier de ses deux albums, et indiscutablement le meilleur, grâce à la créativité et la technicité dont il fait preuve. Certains puristes diront qu'il est le seul français a avoir su captiver l'esprit de la Techno originale de Détroit. Ils n'ont peut-être pas tort...

Infos

Année : 1996
Label : F Communications

Tracklisting

1 Dust
2 Grey Lights
3 Secrets
4 Voodoo
5 Earthquake
6 Wood
7 Blackmoon
8 Turmoil
9 Blue 072C
10 Requiem
11 Red Dogs
12 Wasteland

Vous aimerez probablement aussi

samedi 18 février 2012

Bourse aux disques de Blois - 4ème édition

Après le succès de l'édition 2011 qui a rassemblé plus de 1000 visiteurs, l'association MARS organise l'édition 2012 de la bourse aux disques. Celle-ci aura lieu dimanche 26 février à la Halle aux Grains. L'occasion pour les collectionneurs ou amateurs de rechercher la perle rare parmi les disques vinyles et CD, dans tous les styles (classique, jazz, rock, pop, new age, électronique, techno, disco...).

Tarifs : entrée 1€, gratuit pour les adhérents au Chato'do.
Horaires : 10h - 18h
Informations : Chato'do